Dégustation de vins des discounteurs: Bordeaux chez Lidl à 2,99 € – Wine expertise

Dégustation de vins des discounteurs: Bordeaux chez Lidl à 2,99 €

Si dans l’article précédent l’exemple du Chardonnay australien à un prix (incroyablement) bas n’est pas seulement logique, mais est un exemple classique de l’impact des technologies de production sur le prix du vin est celui d’un vin de Bordeaux bénéficiant d’une indication géographique protégée (IGP). Vendu 3 €, c’est une autre histoire. Un amateur de vin, même affirmé, sera probablement tenté par un tel prix, tandis qu’un professionnel du vin, et surtout un vigneron, sera plus que surpris, voire indigné. De plus, pour les discounters, 3 € ne sont pas la limite : avec la promotion 4+2, le prix de la bouteille tombe à 1,99 €, 1,69 €, voire 1,39 €.

De telles prix provoquent, à juste titre, des vagues de protestations parmi les vignerons, avec des pancartes de condamnation placardées devant les magasins et des entrées barricadées avec des pieds de vigne arrachés. Et pas seulement pour la simple raison que vendre une bouteille à moins de 2 euros (raisins, emballage, étiquetage, bouchon, sans compter les coûts de production et les salaires des ouvriers) rend tout simplement impossible de faire du profit et de vivre, mais aussi parce qu’un prix excessivement bas porte atteinte au prestige de l’appellation elle-même, remettant en cause la qualité des vins et leur caractère séculaire.

Alors, d’où vient un prix aussi incroyablement bas ? Non seulement la politique des discounters, qui consistait à vendre leurs produits à des prix (très) inférieurs à la moyenne, a joué un rôle, mais aussi la crise de la viticulture bordelaise et de la filière viticole dans son ensemble :

  • baisse de la consommation d’alcool
  • baisse d’intérêt pour le vin chez les jeunes générations
  • préférence pour d’autres boissons

Si l’on considère spécifiquement Bordeaux, la crise viticole de la région, outre les facteurs mentionnés ci-dessus, a été influencée par des facteurs plus spécifiques :

  • entrepôts débordés, remontant à 2009, lorsque le premier plan d’arrachage de vignobles a été annulé en raison de l’« euphorie chinoise » (la Chine venait d’entrer sur la scène mondiale du vin et a commencé à importer massivement des vins d’Europe), lorsque les vignerons bordelais, attirés par la population et la réputation de « luxe » des vins européens en Chine, ont essentiellement misé leur avenir sur l’exportation vers ce pays. Initialement, les Chinois étaient effectivement désireux d’acheter non seulement des vins, mais aussi des châteaux bordelais. Les prix des vins de la région ont alors flambé, stimulés par les semaines de Primeurs qui ont suivi des millésimes très réussis. Mais la pandémie de COVID-19 et l’essor de l’industrie viticole chinoise ont mis un terme à ces achats massifs, laissant une quantité considérable de vins de Bordeaux invendus.
  • La réputation de Bordeaux comme étant exclusivement rouge, bien que ce soit loin d’être le cas, incite les consommateurs, qui préfèrent actuellement les vins blancs, à moins s’intéresser à la région.
  • La contribution du critique de vin Robert Parker, qui a autrefois exercé une influence considérable sur le monde du vin, notamment à Bordeaux. Les vignerons voulaient tellement satisfaire le goût du critique pour des vins puissants, tanniques et élevés en fût, craignant de tout perdre à cause d’une seule critique ou d’un seul commentaire négatif de sa part, qu’ils y ont adapté leurs vins. R. Parker a pris sa retraite il y a longtemps, et les préférences des consommateurs ont depuis longtemps évolué vers un style plus léger et fruité, pas marqué par le bois neuf, mais la réputation que Parker a conférée aux Bordeaux demeure.

Si l’on ajoute à cela le fait que les Bordeaux sont généralement invendus et les bas prix pratiqués en magasin, qui « formatent » le budget des consommateurs, la situation économique et l’avenir de la région paraissent pas promeuteurs.

Dégustation : Baron de Ceyssac Bordeaux 2023

Couleur: Rubis, intensité moyenne

Nez : Intensité moyenne, bouquet simple, dominé par les fruits rouges acidulés (fraise acidulée, cerise rouge acidulée, canneberge, groseille), mais de légères notes de fût sont toujours présentes (menthol, réglisse, bois frais, sève).

Palais: Étonnamment agréable. L’attaque est fruitée, révélant les mêmes fruits rouges mûrs qu’au nez (fraise, canneberge, groseille), mais légèrement plus sucrée, complétée par des notes de cassis et de prune noire. Les tanins sont souples, non asséchants, mais enveloppants. Le goût présente également des notes de fût légèrement plus prononcées (amertume du café, chocolat noir, vanille). La finale est courte mais agréable, avec une acidité moyenne mais assez fraîche, une subtile touche de mûre et une belle amertume.

Impression générale et évaluation de qualité : Un vin étonnamment raisonnable pour son prix, voire même plutôt agréable. Je pense qu’il aurait pu être plus cher au départ, mais le producteur a signé un contrat avec le discounteur pour le vendre à un prix inférieur.

Comment se forment les notes de fût dans le profil d’un vin vendu 3 euros, compte tenu de son élevage en fûts de chêne ? (qui, pour rappel, rajoute au moins 1 euro au prix initial)

Les fûts étaient bel et bien utilisés(comme indiqué sur l’étiquette), mais pas neufs, nécessaires à la micro-oxydation, et non au développement des arômes de chêne. Les arômes de chêne assez intenses (vanille, chocolat) du chêne d’occasion pourraient provenir de l’ajout de copeaux ou de douelles de chêne aux fûts pendant l’élevage. Lorsque le vin est ainsi « infusé » de bois, les notes de chêne sont plus prononcées, dans un sens positif, rappelant la vanille, le bois brûlé et le pain grillé, plutôt que, par exemple, les noisettes grillées ou le cacao.

Conclusion : Bordeaux bon marché est-il vraiment synonyme de vin médiocre ?

Outre les points précédents : l’une des causes indirectes de la crise viticole bordelaise, aussi paradoxal que cela puisse paraître, pourrait être celle de ceux qui ont fait la renommée mondiale de la région. Des Grands Crus renommés, incontestablement des vins exceptionnels, ont donné aux Bordeaux une réputation de vins chers. Bien que cela ne soit pas tout à fait vrai, et que seulement 3 % des vignerons produisent des Grands Crus, des Bordeaux abordables suscitent des questions et des doutes chez le consommateur. La région a des vins agréables, faciles à boire et abordables, qui s’adaptent aux goûts modernes et s’accordent aussi bien avec les plats hivernaux copieux qu’avec les entrées estivales légères (certains rouges peuvent même être servis légèrement frais). Et pour ceux-ci, évitez les magasins discount ; mieux vaut se rendre dans une caviste ou directement au château, ce qui permettra au vigneron d’être rémunéré à sa juste valeur et de soutenir la viticulture française.

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