Introduction
Les prix des vins discount peuvent parfois surprendre. Bordeaux à 2 €, vin australien ou chilien à 2,50 €, Bourgogne à 3 €… comme si les vignerons travaillaient à perte. Et c’est parfois vrai.
Pourquoi si peu cher ?
La première dégustation portait sur un Chardonnay australien à 2,49 € chez Lidl. Avant de commenter, voyons comment un prix aussi bas peut être atteint pour un vin qui doit faire la route à travers toute la planènete pour se retrouver en Europe. Facteurs déterminant le prix du vin :
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- Coûts viticoles :
- Difficulté du travail du vignoble (terrain plat ou en pente, maintien de la santé des vignes, par exemple, lutte contre les maladies dues à une humidité élevée)
- Vendanges mécaniques ou manuelles
- Volume de la récolte : plus la quantité de raisins est importante, plus le volume de production est important et plus le prix du vin est bas
- Technologie de production : plus le processus est long, plus le vin est cher (par exemple, les vins élevés en barriques seront par définition plus chers)
- Emballage : bouteille, bouchon, étiquette, etc.
- Salaire des ouvriers
- Transport
- Qualité et exclusivité du vin : le vigneron a tout à fait le droit de vendre à un prix plus élevé des vins de millésimes exceptionnels et des vins de vieux millésimes qui deviennent rares.
- Indication géographique protégée : Les vins bénéficiant d’une indication géographique protégée, en raison de restrictions plus souples sur les volumes de production et les cépages utilisés, seront généralement moins chers que les vins bénéficiant d’une appellation géographique protégée (et même moins chers sans l’une ou l’autre).
- Le prestige et la renommée, ainsi que la loi de l’offre et de la demande, déterminent également les prix. Le champagne en est un exemple évident: ce vin mousseux est un symbole de fête et de luxe. Sa demande est toujours assez forte. Ses prix sont donc constamment élevés et, au fil du temps, ils ne font qu’augmenter avec l’inflation, contrairement à Bordeaux, où même les vins les plus prestigieux commencent à perdre de la valeur.
Prenons l’exemple du Chardonnay australien. Les facteurs suivants expliquent son prix bas en Europe, et même en Australie :
- Les coûts de la viticulture sont faibles : terrain plat, utilisation d’équipements pour le travail de la vigne et les vendanges.
- Volume de production autorisé élevé
- Cycle de production court : ce vin n’a subi qu’une fermentation alcoolique et un court élevage pour sa stabilisation.
- Dans ce cas, l’objectif n’était pas non plus de produire un vin exceptionnel, harmonieux avec une acidité et une richesse naturelles, mais abordable et pas cher. Les caractéristiques permettant d’obtenir un vin plus ou moins correct ont été obtenues grâce à des techniques de correction : l’acidification, c’est-à-dire l’ajout d’acide tartrique ou d’un autre acide autorisé au vin ou au moût si l’acidité naturelle du raisin est insuffisante. Cette méthode est beaucoup plus économique que les techniques viticoles (par exemple, le travail du feuillage pour que les grappes restent à l’ombre).
- Ce vin porte le nom d’« Australie du Sud-Est », ce qui signifie que les raisins peuvent provenir de n’importe quelle région de cette région viticole.
- Compte tenu de son volume, de son style et de son nom, un tel vin n’est pas rare.
- Le vin a été transporté par voie maritime, dans d’immenses cuves, et non en bouteilles, et mis en bouteille en Europe (plus précisément en Allemagne, comme l’indique l’étiquette). Il s’agit du moyen le plus économique d’expédier du vin, autorisé pour les vins pas chers sans appellation protégée (les vins bénéficiant d’une appellation géographique protégée doivent être mis en bouteille au sein de l’appellation, et parfois uniquement dans un château).
À propos de l’indication géographique protégée « Australie du Sud-Est »
L’Australie du Sud-Est est ce qu’on appelle la « superzone viticole », qui ne coïncide pas avec les frontières administratives des régions australiennes et comprend :
- Les États de Nouvelle-Galles du Sud et de Victoria (en totalité) ;
- Les États d’Australie-Méridionale et du Queensland (en partie) ;
On y trouve également des appellations comme Tasmanie, Adelaide Hills et Barossa, où sont produits les vins les plus célèbres et les plus chers d’Australie. En termes de superficie, le sud-est de l’Australie est deux fois plus grand que la plus grande région viticole américaine (AVA). De toute évidence, le terroir (combinaison de climat, de topographie et de caractéristiques des sols) du sud-est de l’Australie est si diversifié qu’il serait impossible de le décrire sans le contextualiser. On y trouve des zones côtières fraîches et plutôt humides et des territoires arides à l’intérieur du continent, où l’irrigation est autorisée, des plaines où l’utilisation de machines et des rendements élevés sont possibles, et des zones en altitude où les vignobles sont moins productifs et ne peuvent être travaillés qu’à la main. Par conséquent, les vins du sud-est de l’Australie varient considérablement en termes de style, de qualité et de prix. Cela inclut également l’île de Tasmanie, célèbre pour ses vins mousseux de grande qualité issus du Chardonnay et du Pinot Noir. De plus, son climat océanique rend le sud-est de l’Australie encore plus diversifié en tant que région viticole. Les sols de cette superzone viticole varient de volcaniques, riches en fer, à calcaires, rocailleux et argileux…
Si l’on considère les vins du sud-est australien uniquement dans le contexte des vins à faible coût et faciles à produire, les raisins sont soit cultivés dans des vallées des rivières où les vignes ne sont pas menacées par les maladies fongiques liées à l’humidité et où l’irrigation est autorisée, permettant des rendements élevés avec peu d’efforts et de dépenses, soit issus de différentes appellations de la superzone (par exemple, des raisins que les producteurs ont rejetés car leur qualité n’était pas suffisante pour des cuvées plus prestigieuses).
Échantillon et dégustation : Cimarosa Chardonnay australien 2024, Lidl à 2,49 €

Je commencerai par les commentaires de dégustation, que je comparerai ensuite à la composition du vin, disponible en ligne via le QR code présent sur la bouteille.
Robe : citron pâle, aux reflets dorés
Arôme : d’intensité moyenne, simple et purement fruité, avec des dominantes de pêche blanche mûre, de nectarine et de prune jaune, complétées par du melon, de la pomme Golden jaune fraîche, du raisin blanc frais et l’acidité du zeste de citron.
Palais: Il reprend le bouquet d’arômes (pêche, prune jaune, pomme jaune, raisin), mais avec une acidité et une amertume d’agrumes plus prononcées en attaque. Le corps est moyen (-), la finale courte avec une légère pointe d’éclat. L’acidité est moyenne (+), ce qui ajoute une sécheresse caractéristique à la finale, signe d’une acidification du vin.
Impression générale et évaluation qualitative : Comme on pouvait s’y attendre à un tel prix, la qualité du vin est moyenne: la boisson est tout à fait convenable à la consommation, mais sans plaisir organoleptique.
Un commentaire supplémentaire sur les caractéristiques gustatives et la composition du vin. Voici ce qui est répertorié dans la base de données officielle de l’Union européenne (la composition de ce vin n’est pas secrète et est disponible via le QR code sur la bouteille) :
- Raisins
- Moût de raisin concentré
- Correcteur d’acidité : acide tartrique
- Conservateurs et antioxydants : sulfites, acide ascorbique
- Stabilisant : carboxyméthylcellulose
- Dioxyde de carbone
Quelle conclusion peut-on en tirer ? Premièrement, la présence d’acide tartrique confirme l’utilisation d’une technologie constatée lors de la dégustation : l’acidification du vin. Son acidité semble non intégrée au profil organoleptique, elle est sèche en fin de bouche. De plus, du moût de raisin concentré a été ajouté, ce qui signifie que le vin a également été soumis à une chaptalisation – l’ajout de sucre sous une forme autorisée afin d’augmenter la teneur en alcool après fermentation. Pourquoi cette méthode s’explique-t-elle s’il est facile de cultiver du raisin en grandes quantités et dans des conditions favorables pour ce vin ? Ce volume important s’explique par l’irrigation autorisée sous un climat ensoleillé et chaud, qui permet à la vigne de pousser rapidement et de former une récolte abondante et de nombreuses grappes facilitant la propagation. Ceci, à son tour, est synonyme de quantité, et non de qualité, alors que dans des conditions de survie, la vigne se concentre sur la qualité des quelques baies qu’elle peut se permettre de produire. Poursuivant la logique, plus de baies = plus de jus, c’est-à-dire plus d’eau dans les baies et moins de sucre, ce qui peut ne pas suffire à atteindre le niveau requis par le cahier des charges (le vin en question est exporté en Europe, où la législation sur les vins et les indications géographiques protégées est très stricte ; pour être qualifié de « vin », une boisson alcoolisée doit avoir un degré minimum). Si les raisins ne contiennent pas suffisamment de sucre pour atteindre le degré requis après fermentation, le vigneron est en droit d’ajouter du sucre sous une forme ou une autre, qui doit être entièrement transformé en alcool. Mais cette technologie influence également l’équilibre du vin, bien que la chaptalisation soit plus difficile à déterminer à la dégustation que l’acidification. Le degré d’alcool peut être ajusté de cette manière, mais la complexité du bouquet ne peut être améliorée. Le vin, malgré toute sa matière, peut donc paraître vide ou simple sur le plan organoleptique.
Conclusion : acheter ou ne pas acheter ?
La dégustation et la composition confirmant cette affirmation indiquent qu’il s’agit, pour ainsi dire, d’une boisson artificielle, dont la teneur en alcool et l’acidité sont ajustées aux normes, sans aucun signe permettant d’identifier l’origine des raisins. Il est possible d’identifier le cépage par dégustation, mais cette boisson ne convient pas aux connaisseurs, sauf si vous suivez une formation de sommelier ou d’œnologue.




