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Comment s’est déroulé le mois d’août, un de mois les plus importants pour les vignerons? Début des vendanges, canicule avec des températures atteignant parfois 40 degrés Celsius, droits de douane américains… Cet article résume l’actualité viticole du mois d’août.
L’impact des vagues de chaleur en été 2025
Aujourd’hui, il est difficile de trouver quelqu’un qui n’ait pas entendu parler du réchauffement climatique, qui semble osciller d’un extrême à l’autre. Les périodes de chaleur étouffante se multiplient en Europe, accompagnées de précipitations extrêmes sous forme d’orages et de grêle. La sécheresse et la chaleur ont touché de nombreuses régions viticoles, de l’Afrique du Nord à l’Australie ; dans cette analyse, nous nous concentrerons sur la France.
Quel pourrait être l’impact du changement climatique sur la viticulture et le vin ?
- Il faut avancer les vendanges
- Il faut protéger les baies du soleil
- La vigne subit un stress hydrique
- Les raisins accumulent plus de sucre qui signifie plus d’alcool dans le vin
- Diminution de l’acidité du vin
- Changement d’arômes : de fruits frais à confiturés
Pendant une semaine de chaleur, les raisins ont gagné en moyenne 2 % d’alcool potentiel supplémentaire. Il est donc important d’accélérer la récolte des raisins blancs avant que les baies ne perdent leur acidité, ainsi que des raisins rouges destinés aux vins rosés, pour la même raison. De plus, les orages et les fortes pluies qui suivent la chaleur peuvent rapidement faire gonfler les baies, voire éclater les pellicules, augmentant ainsi le risque de moisissures. Par rapport à 2024, les vignerons français ont produit 14 % de raisins en plus au total, grâce à de meilleures conditions sanitaires (moins de oïdium, de mildiou et de pourriture grise), mais 4 % de moins que la moyenne des cinq dernières années en raison de la campagne d’arrachage des vignes.
Tour d’horizon des régions viticoles françaises pendant les vendanges.
Chablis : Comparé à 2024, le millésime 2025 a été bien meilleur. Grâce à un temps sec et chaud, les vignes ont produit des grappes assez remplies, sans aucun signe de mildiou, qui, en raison de l’humidité, a détruit la majeure partie de la récolte 2024. En 2025, le mildiou ne s’est pas développé grâce à la sécheresse ; les grappes étaient exposées au risque de brûlure : l’exposition directe des raisins au soleil, qui assèche et brûle les baies.
Champagne : Les vignerons champenois décrivent 2025 comme un millésime précoce, mais excellent, grâce aux températures élevées du mois d’août et à l’accumulation rapide de sucre dans les baies (ce qui se traduit par des degrés d’alcool plus élevés dans le futur vin, qui ne permettront pas d’btenir la légèreté et la fraîcheur, nécessaires pour les vins effervescents). Cependant, grâce à cette même chaleur, le mildiou n’a pas ataqué les raisins, alors les grappes présentaient un excellent état sanitaire. Concernant le profil organoleptique, l’acidité des raisins est restée suffisante et les arômes se sont développés harmonieusement, permettant ainsi aux vignerons de récolter les fruits d’une année de travail en toute sérénité (David Chatillon, coprésident du Comité Champagne). Les dates de début des vendanges champenoises varient selon les communes et les cépages (la plus précoce en 2025 est le 20 août, la plus tardive le 4 septembre), mais elles sont globalement plus précoces que l’année dernière pour la région.
Alsace : Les vendanges de Crémant ont débuté le 19 août, soit 10 jours plus tôt qu’en 2024. Globalement, 2025 a également été une année favorable pour l’Alsace, grâce à un printemps chaud qui a permis un démarrage précoce du cycle de la vigne, la floraison et la nouaison dans un climat sec et chaud en juin. Les pluies de juillet ont ensuite gonflé les baies, et la chaleur d’août a contribué à une accumulation rapide des sucres (2 % d’alcool potentiel en une semaine, contre 1,2 % habituellement).
Val de Loire : Les vendanges de Crémant ont débuté trois semaines plus tôt qu’en 2024. La situation sanitaire du vignoble a également été plutôt favorable : certaines régions n’ont signalé aucune maladie, tandis que d’autres, n’ont été que légèrement touché. La situation est similaire en Centre-Loire et en Anjou-Samur : quasi-absence de maladie, de bons rendements, légèrement réduits par la sécheresse, et des vendanges plus précoces.
Bordeaux : La région confirme une fois de plus la légende des « millésimes de cinq » exceptionnels. Un début de printemps chaud mais humide a laissé place à un temps chaud et sec en mai, puis tout au long de l’été, avec de brèves interruptions d’averses, parfois même de grêle. En août, la région a connu une période chaude et sèche, avec des températures dépassant parfois les 40 °C. De ce fait, la vigne a arrêté le développement de ses parties vertes (feuilles, etc.) assez tôt et s’est concentrée sur la maturation des baies, qui bénéficierait de précipitations supplémentaires. L’année 2025 s’annonce actuellement très prospère. Mais septembre et octobre pourraient encore tout changer. Et, comme dans d’autres régions, les vendanges à Bordeaux ont commencé plus tôt que d’habitude.
Bourgogne dans son ensemble : Le millésime 2025 est également bien plus réussi que 2024 : le mildiou est quasiment absent et les raisins sont en excellent état sanitaire grâce à un temps chaud et des vents secs. Comme dans d’autres régions de France, les vendanges ont été plus précoces et le rendement a été quelque peu réduit par la sécheresse et le stress hydrique, qui ont empêché les raisins de produire suffisamment de jus. La chaleur a accéléré la maturation, mais l’acidité est restée à un bon niveau.
Sud de la France : La région de Fitou a été la première à commencer les vendanges : les premières grappes de muscat y ont été coupées dès le 1er août (ce qui n’est pas un record pour le Languedoc, où les raisins étaient autrefois récoltés le 25 juillet). Il est important de noter que ce cépage muscat est destiné à des vins dont le degré d’alcool est inférieur à la moyenne (9 %). Il ne s’agit donc pas tant d’une vendange accélérée due à la chaleur que de la volonté de produire un vin d’un style spécifique. En Provence, les vendanges ont déjà commencé le 12 août.
Dans l’ensemble, la France s’attend à une récolte de bonne qualité et à une bonne année pour la viticulture, malgré un rendement réduit dû à la chaleur et au manque d’humidité.
Château Lafleur Pomerol abandonne sa célèbre appellation et même l’appellation Bordeaux
C’est peut-être l’un des événements les plus marquants, voire le plus marquant, depuis que les prestigieux Châteaux Ausone et Cheval Blanc ont décidé de ne pas solliciter le statut de Premier Cru Classé A (pour rappel, le classement des Crus Saint-Émilion est établi pour 10 ans, et les châteaux doivent renouveler leur candidature après cette période).
Les propriétaires du Château Lafleur, voisin tout aussi célèbre du légendaire Petrus, ont décidé d’abandonner non seulement l’appellation Pomerol, mais aussi l’appellation Bordeaux à partir de 2025, afin d’accéder à un plus large choix de pratiques viticoles et de cépages. Selon la famille Guinaudeau, propriétaire du château, « le climat change si rapidement et si radicalement que nous devons réagir et nous adapter rapidement. Notre approche de la gestion du vignoble évolue plus vite que le cahier des charges de l’appellation.»
Pour la famille Guinaudeau, 2015, 2019 et 2022 ont déjà démontré la nécessité de penser à l’avenir et à la survie de leur vignoble. La décision finale d’abandonner l’appellation Bordeaux, afin de bénéficier d’une plus grande flexibilité dans les techniques de vinification et de viticulture et ainsi préserver le style de leurs vins, a été prise en 2025, une année record.
Incendies dévastateurs dans le sud de la France
Si la chaleur et le manque de précipitations ont été bénéfiques pour les vignobles du nord de la France, dans le sud du pays, ils ont tourné à la catastrophe naturelle. Le 5 août, 15 communes du département de l’Aude ont été ravagées par un incendie dévastateur, détruisant 16 000 hectares de végétation (11 000 hectares de forêt, 2 000 hectares de terres agricoles et 1 500 hectares de vignes). Un mort et plusieurs blessés.
Les vignerons de l’appellation Corbières, fortement touchée par l’incendie et faisant partie du département, évaluent les pertes non seulement en termes de nombre de vignes brûlées. La fumée, qui enveloppait les raisins mûrs prêts à être vendangés, sera inévitablement absorbée par les baies, conférant au vin un goût désagréable et une odeur de brûlé, le rendant impropre à la vente et à la consommation.
Selon les Laboratoires Dubernet, le vin peut être sauvé grâce à l’osmose inverse et à la filtration au charbon actif, mais l’un des incendies les plus dévastateurs du XXIe siècle laissera des traces non seulement sur le rendement final du millésime 2025 dans les Corbières, mais aussi sur son économie, durement touchée par la crise viticole.
La gravité de la situation a amené le Premier ministre français, François Bayrou, à se rendre dans la région au lendemain des incendies pour (une fois de plus) déclarer l’état d’urgence et discuter d’une solution, notamment par le biais d’aides d’État. Cependant, même les vignerons languedociens les plus renommés et emblématiques n’ont pas réussi à convaincre les ministres de l’Agriculture et les Premiers ministres successifs, au fil des ans, que le climat actuel, les sécheresses et les pénuries d’eau sont une question vitale pour la viticulture régionale. La question de l’autorisation de la récupération des eaux de pluie et de l’irrigation des vignobles en cas de besoin est particulièrement urgente. Cette question ne nécessite qu’une exception à la réglementation et au cahier des charges de la région. Dans les régions viticoles françaises, l’irrigation des vignes n’est autorisée que pendant les premières années suivant la plantation, afin de favoriser la croissance et l’enracinement (et seulement si nécessaire). Or, l’eau qui tombe lors des fortes pluies dans les régions méridionales (c’est une particularité du climat local) est si puissante qu’elle n’a tout simplement pas le temps de pénétrer dans le sol. Autrement dit, la pluie tombe, mais c’est comme si rien ne s’est produit. Les vignerons languedociens réclament le droit d’irriguer avec ce type d’eau (et non avec l’eau du robinet), qui pourrait facilement alimenter les vignobles si elle était mieux répartie. Il convient de noter que le changement climatique a accru la fréquence et l’intensité des fortes pluies et des inondations, ce qui aurait dû inciter à l’irrigation dans la région. Or, cela n’a pas encore été fait.
Taxes américains
L’imposition de droits de douane sur les produits européens importés par le président américain Donald Trump a également porté un coup dur à la filière viticole française. Les vignerons espéraient que les boissons alcoolisées ne seraient pas incluses dans la liste, mais les négociations entre l’UE et les États-Unis ont échoué et une surtaxe de 15 % a été ajoutée à la surtaxe existante en raison de la conversion des euros en dollars, ce qui signifie que les produits européens coûteront 30 % de plus aux États-Unis qu’en Europe.
Quelles sont les conséquences pour la filière ? Les États-Unis sont le premier importateur de vins et spiritueux d’Europe : en 2024, les exportations d’alcool ont totalisé 8 milliards d’euros, dont 5 milliards d’euros de vin (et 2,4 milliards d’euros de vin français uniquement). Pour la France, les États-Unis constituent le premier marché d’exportation de vin, et l’introduction de droits de douane pourrait entraîner une baisse de 25 % des ventes. Compte tenu des difficultés actuelles, le déclin des exportations fragiliserait l’équilibre déjà fragile de la filière vitivinicole. Et si cette tendance se poursuit, les perdants seront les Français.
Et les Américains eux-mêmes : une baisse des exportations impacterait l’emploi portuaire, entraînant des pertes d’emplois, une baisse des profits, voire la fermeture de cavistes spécialisés dans les vins européens (sans parler du déclin général de la consommation de vin). Globalement, cela pourrait perturber l’équilibre du système d’importation et de distribution de vin aux États-Unis. Mais, théoriquement, la hausse des prix des vins européens profiterait aux vins américains, qui seraient plus demandés.
Sources :
La Revue du Vin de France : www.larvf.com
Vitisphere : www.vitisphere.com
SudOuest : sudouest.fr




