Corbières est la plus grande indication géographique protégée du Languedoc, région au sud de la France. Son industrie viticole, à l’instar de celle de Bordeaux, traverse actuellement une crise pour des raisons similaires :
- Baisse de l’intérêt des consommateurs pour les vins rouges acidulés qui constituent l’essentiel de la production
- Offre supérieure à la demande : la production dépasse les ventes.
- Saturation des entrepôts, contraignant les vignerons à vendre leurs vins à perte.
- Désapprobation des consommateurs habitués aux prix bas pratiqués en supermarché pour les vins de la région, malgré une tendance à la hausse vers des vins plus chers.
- Augmentation du coût des matières premières due à l’instabilité politique, réduisant encore les revenus des vignerons.
De plus, depuis 2019, le Languedoc est victime de catastrophes naturelles : canicules et sécheresses estivales, accompagnées de très faibles précipitations, souvent torrentielles et peu infiltrées dans les sols. Cela crée un paradoxe : il pleut, mais en même temps il ne pleut pas, ce qui affecte la productivité de la vigne et le volume des récoltes. Curieusement, cette eau naturelle, qui aurait irrigué les vignobles si les précipitations avaient été moins intenses, est interdite d’utilisation pour l’irrigation. La raison invoquée est le maintien d’un équilibre hydrique avec la mer Méditerranée, équilibre qui ne serait pas perturbé si les vignerons pouvaient collecter l’eau de pluie en quantité suffisante pour la survie des vignes. De plus, les pluies hivernales sont également devenues insuffisantes, empêchant la reconstitution des réserves souterraines et compromettant le démarrage de la prochaine saison de croissance. Malgré la baisse des rendements, les caves ne se vident pas.
Le Languedoc demeure la plus grande appellation protégée d’Europe, bien que sa superficie ait été réduite de 170 000 hectares lors des précédentes campagnes d’arrachage de vignes. Actuellement, 100 000 hectares supplémentaires doivent être supprimés pour stabiliser l’offre et la demande. Si cette tendance se poursuit, la « région viticole » deviendra une « région avec des vignes ». Ce problème est particulièrement d’actualité pour les vins fortifiés, dont le profil organoleptique est en totale contradiction avec les goûts des consommateurs modernes : sucrés, puissants et, dans le cas du Banyuls, des vins rouges autrefois appréciés à l’apéritif au milieu du XXe siècle, mais aujourd’hui très recherchés.
La région a moins besoin de réduire la surface de ses vignobles que de développer un marketing efficace pour attirer les consommateurs.
Tous ces problèmes ont contribué à la crise économique que traverse une autre région viticole française, le Languedoc, et plus particulièrement les Corbières, qui produisent des vins rouges de grande qualité et de longue garde.
Alors, la dégustation. Que vaut un vin de Corbières vendu chez Lidl à 2,50 € ? Est-ce un prix justifié, ou le vigneron a-t-il été contraint de le vendre ainsi ?
Couleur: rubis profonde, avec des légers reflets violacés
Nez: assez aromatique, associe les fruits rouges et noirs acidulés (fraise, cerise bigareau, cassis, une pointe de myrtille et de framboise), une légère touche herbacée de romarin séchée et de bois toasté (noisette toasté ), voir de menthe sèche, de poivre noir, une légère pointe de chocolat noir
Palais : bonne concentration en attaque fruitée et aromatique (fraise, mûre, framboise écrasée, cassis, cerise bigareau), avec une légère touche boisée (rappelant chocolat noir à la menthe, pin, romarin). Corps moyenne avec une bon niveau d’acidité, persistance moyenne, avec des notes chocolatées, de torréfaction (noisettes, bois toasté) et d’herbes séchées, une bonne densité. Les tannins sont soyeux et plutôt agréables.
Évaluation de la qualité : bon rapport qualité / prix, vin sans grand complexité, avec un côté fruité agréable, une structure souple , mais boisé venu des anciens barriques (des notes de vieux bois se mélangent avec les épices et torréfaction). Plutôt comestible, il faut pas attendre plus d’un vin à 2,49 €E.




